Deux Capiens à l’assaut des Alpes -6000D-

La course mais pas que !…

C’est bien la première fois que je ne suis pas Finisher d’une course et aussi bizarre que cela puisse paraître : Aucune amertume. La course à pied ne peut se résumer à un chrono, une ligne d’arrivée franchie…. C’est aussi un moment de partage, de complicité et d’amusement…

Je savais que cela allait être compliqué de tenir la distance et les barrières horaires mais l’essentiel était de faire la course en compagnie de Jean Paul Trublin. Malheureusement pour des raisons professionnelles, ce dernier n’a pas pu s’entraîner pour « la course des géants » et avait un peu (beaucoup) sous-estimé la difficulté de l’épreuve : 3500 mètres de D+ sur environ 30km pour accéder à 3066m d’altitude au glacier de Bellecôte puis ensuite la redescente à Aime sur 35 km. De mon côté en terminant 448e en 1998 (mais à l’époque il n’y avait que 55km : la descente était moins longue), je savais où nous m’étions les pieds.

Pour moi, la concentration était à son comble car après un petit détour par la RebBull400 et en préparation pour le 100 km de Millau, « la caisse et les cuisses étaient là » mais mon objectif était d’aller le plus loin possible en compagnie de JP et lui faire partager mon expérience de ce type de course. Je me suis livré à mon jeu favori : Prendre des photos insolites de moi (nous) pendant la course. Cela permet aussi d’établir un contact humain avec les bénévoles et de « taper la discute ». Au final avec tous les arrêts, c’est probablement plus de 40 mn de pause (mais plus de 80 photos dont quelques-unes ici) et une mise hors délais. Mais, je ne l’ai avoué qu’à JP après la course : « je ne pensais que nous finirions et même que nous aurions été aussi loin ».

La course

La veille Chantal, Cricri, JP et moi avions sillonné les différentes stations de La Plagne pour repérer les emplacements où elles pourraient nous voir.

Dès le départ à 6h d’Aime, j’ai fait en sorte que nous soyons en fin de peloton. Cela m’a bien amusé devoir JP, un peu paniqué et perplexe car pas habitué ! Au bout de 3km, il commence à passer à 10,5km/h et prend un peu d’avance, tout en se retournant régulièrement. Je reste sur mon plan de course, car à partir des Esserts cela ne va plus en finir de grimper. J’entends les cloches, alors je prépare l’appareil photo et c’est parti ! Le peloton passe en file indienne et nous avalons les 900m de dénivelé qui nous emmène à La Roche (km13). J’alterne course et marche et double sans cesse. J’aperçois JP devant qui sillonne dans la file pour se frayer un passage. Au pied de la piste de Bob, je le rejoins et il m’annonce que les jambes « le titillent ». Séance « book » dans la piste qui se monte facilement et on retrouve les femmes en haut (km15). Vite urgence, pause grosse commission (pour nous deux), un bisou, on cale le prochain RDV à Plagne Centre et on repart vers La Plagne 2000 (km18,5). Là les choses sérieuses débutent avec des pentes à 35°. Je me positionne 100 à 200 m devant JP, pour qu’il me garde en point de mire et maintienne le rythme. Avant de redescendre sur Plagne Centre, j’appelle Cricri et Chantal pour qu’elle m’apporte la trousse de secours au ravitaillement. Un début d’échauffement à la voute plantaire nécessite la pose d’une bande de sparadrap élastique. Grâce à la balise GPS Dotvision, les femmes savent en permanence où on se situe et planifie les RDV suivants. Petit soin, le plein de la poche d’eau, 2 bouts de bananes et direction Roche de Mio à 2700 m (km 25,5). JP ne dit rien mais je voie bien que cela devient de plus en plus dur. Je reste devant et maintien l’allure. En passant à côté du Lac des Blanchets (réserve d’eau potable naturelle) nous essuyons quelques gouttes d’eau. Nous entendons le 4X4 sono et son DJ installé sur le rocher. L’occasion d’une photo mais c’est Cricri qui la prend. 
Nous entamons ensemble la descente vers le Col de la Chiaupe : 3km pour 200m de D- mais parfois trop raide pour courir ? Je tiens aussi à ménager mes tendons d’Achille et mon aponévrosite. 
Je mets mon coupe-vent car il s’est mis à pleuvoir et j’ai froid. Pendant que je ravitaille, JP a pris de l’avance pour commencer à gravir le glacier. Nous devenons un peu limite au niveau de la barrière horaire. Lorsque je rattrape JP, il prend mes affaires pour que je puisse retirer mon coupe-vent. Le soleil est revenu mais nous entendons des coups de tonnerre. Jusqu’au sommet, cela ressemblait plus à de l’escalade que de la course ou de la randonnée. Pas facile de se faire un passage dans les pierres et nous somme à plus de 60 degré de pente. Je prends appui sur mes bâtons qui me permettent de garder l’équilibre tandis que JP est à 4 pattes (il n’a pas voulu prendre les bâtons car pas habitué avec). J’entends les encouragements des filles mais je ne peux pas aller plus vite. J’attends JP au point de contrôle et petite photo avec les bénévoles. Les autres coureurs font le choix de rendre leur dossard et de prendre la télécabine. On se fixe RDV à La Chiaupe et on continue l’ascension dans la bande de 200 m de neige qui reste : point haut attend 3066m. On descend, et là, à moins d’être un cabri, je ne vois pas comment il est possible de courir dans les pierres (j’aurais bien voulu voir les premiers en actions). Le ciel s’obscurcit de plus en plus et l’orage arrive. Nous arrivons au Col de La Chiaupe qui était devenu désert. Il est vrai que nous avons dépassé l’horaire prévu de 20mn (mais à notre rythme, il est possible de continuer et JP a le mental pour s’accorcher). Seul un bénévole est présent en train de finir de remballer et paniquer (qui de plus se faisait engueulé via le talkie-walkie). Il coure vers nous et nous précise que nous devons arrêter et prendre immédiatement la télécabine car l’orage est au-dessus de nous. Un mélange de soulagement et de regret nous envahit. Nous insistons pour continuer mais refus catégorique car cela devient trop dangereux. Alors on prend la dernière descente, rejoint par la vingtaine de coureurs qui finissait de descente le glacier. Cela fait 8h20 que nous sommes partis et avons parcouru environ 38km. Après tout, nous avons vaincu le glacier. 
Nous n’avons rien perdu aux sensations car être balloté dans tous les sens dans une cabine suspendue à un câble et qui stoppe 5 mn, vaut bien un tour de manège à sensation à Disney ? De la cabine, on aperçoit les coureurs qui descendent vers Bellecôte sous une pluie battante. Au moins nous sommes au sec ! On retrouve les filles à la descente de la télécabine à Bellecôte et nous sommes allés boire une bière. Elles nous expliquent qu’elles aussi n’ont pas eu le droit de nous attendre au Col de La Chiaupe.
Plus tard nous avons appris que le bénévole qui nous avait arrêté, avait laissé passer un groupe hors délais de 10mn et qu’au final c’est l’hélicoptère qui les a redescendu. On ne plaisante pas avec la Haute Montagne !

En marge de la course, l’escape a été très profitable.

Jeudi, à l’ouverture du village Expo, il y avait peu de monde et les exposants très disponibles. J’ai pu longuement discuter avec Jérèmy, commercial de Brooks, et avoir tous les conseils, trucs et astuces pour avoir chaussure à mon pied et à ma pratique (et poids). J’ai testé sa façon d’attacher les lacets et résultat : une chaussure parfaitement tenue sans la moindre pression sur le coup de pied. De même, mettre des chaussettes plus épaisses pour gagner une demi pointure a été profitable. En effet, la cascadia que j’ai acquise est un poil trop grande (Parfait pour l’Adrénaline). Savez-vous qu’il faut au minimum 24 heures pour que l’amorti retrouve ses propriétés initiales ? C’est aussi pour cette raison qu’il est conseillé d’avoir 2 paires !…

Un peu plus loin, nous avons rencontré Laurence Klein, à son stand de produits de l’effort, qui a gagné plusieurs fois le 10 km de Morcourt. Nous avons évoqué le passé et que de chemin – depuis – parcouru. Laurence Klein et Pascal Fétizon ont tous deux la particularité d’avoir remporté plusieurs fois Morcourt mais aussi d’être les détenteurs actuels des records de France sur 100 km et d’être champenois !

Plus loin cela a été un échange très technique sur les balises GPS confiées par DotVision. J’avais testé un système équivalent sur les Régates de l’Ailette mais la technique et fiabilité ont bien progressé.

Et que dire des réels biens faits de la cryothérapie. Séance avant qui a été plus efficace que 15 séances au Kiné avec ondes de chocs et …. Un petit coup de caisson à -150°c après la course et le lendemain = zéro douleur. Seul hic, le prix ! et il faudrait que j’aille sur Reims ou Lille pour bénéficier de 3mn maxi de froid.

 

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