Merci Jean Paul

La vie est ainsi faite de plaisir, de joie mais c’est loin d’être un long fleuve tranquille. Un personnage célèbre a certainement dû dire cette phrase avant moi : « On naît pour mourir ». Jean Paul Trublin s’en est allé et je perds une partie de moi-même. Il est allé rejoindre Francis Démarez, une autre personne qui a compté beaucoup pour moi. Avec Jean Paul, J’aurai passé à ses côtés plus de 30 ans de complicité sur des compétitions ou des défis les plus fous les uns que les autres. Il me laisse de savoureux souvenirs et des centaines d’anecdotes. Nous étions en parfaite symbiose lors de ces défis mais aussi dans ses nombreuses organisations du Trophées des Grimpeurs.  Dorénavant je ne vois plus le monde de la course hors stade avec les même yeux. Nous étions tous les trois une source d’inspiration mutuelle et on savait comptait sans discernement l’un sur l’autre.

CAP 21 a cette richesse de ne pas enclaver ses adhérents. Nous n’avons pas de limite géographique et il n’est pas rare qu’un capien croise sur une course un autre capien qu’il ne connait pas. Pour les petits nouveaux, il ne connaissait pas forcement Jean Paul. Voici quelques extraits de l’hommage que je lui ai écris pour son départ qui vous permettrons de mieux connaitre l’homme qu’il était.

 

Merci Jean Paul

Le sport a été omniprésent tout au long de sa vie. Jean Paul a commencé par le football. Il a joué au niveau régional et déjà le virus de la gagne était en lui. Je ne le connaissais pas à cette époque et il n’avait pas oublié cette tranche de vie et en parlait de temps en temps. Pas que le sport, il aimait aussi les rencontres amicales d’après match. Son caractère bien trempé faisait qu’il pouvait avoir des relations compliquées avec les personnes. Il était exigeant envers lui et se donner à fond, il avait parfois du mal à comprendre le manque d’engagement des autres. Il était comme cela dans le sport mais aussi dans la vie au travail et celle de tous les jours. Parti de rien ou de pas grand-chose, il a construit avec Chantal à force de travail un foyer douillet et une famille aimante.

Peu à peu, il a délaissé le football au profit de la course à pied et de l’athlétisme. Il a rejoint le club de Soissons, puis Belleu et a commencé à sillonner le département de course en course. Tout naturellement ses filles se sont retrouvées avec une licence et ont pratiqué avec papa pendant plusieurs années. Jean Paul était fier de leur avoir transmis un peu de sa passion et de leur donner le goût du sport et les valeurs qui vont avec. C’est en 2013 qu’il a signé sa première licence à CAP 21 pour ne plus en changer.

Jean Paul avait en lui le Don de soi. Pompier volontaire, il a vite troqué l’habit du feu pour la chasuble et s’aligner sur les cross des sapeurs-pompiers où il s’illustrait sur les podiums. Jean Paul était amoureux de l’effort et avait quelques dispositions qui lui permettaient d’être dans les pelotons de têtes. Il courait le 10 km en moins de 35 minutes. Insatiable, il avait besoin de plus et de voir ailleurs. Un petit tour au marathon de New York, de Londres, de Rotterdam, Paris…Distance mythique qu’il franchissait allégrement sous les 3h.

Mais ce n’était pas encore suffisant. Il avait l’âme d’un baroudeur et c’est comme cela qu’il s’est retrouvé au départ du Marathon des Sables. Pour se le payer, il a été jusqu’à cumuler trois emplois. Pour Jean Paul, il était hors de question de ne pas franchir l’arrivée. Il a terminé la dernière étape avec les pieds en charpie, enveloppés de sparadrap pour maintenir ses sandalettes. Mais aussi déguiser en clown avec le drapeau français flottant sur son sac. En 2003, il a terminé 10e du Grand Raid Amazonie, revenant avec une épine dans le coude qui lui a valu un passage par les urgences avant de rentrer au bercail. Jean Paul vivait ses aventures comme un retour aux sources avec de vrais valeurs de partage, d’amitié, d’entre aides.

Entre temps, il avait commencé « une sorte de métamorphose du coureur », il avait remarqué que courir déguiser donnait du plaisir aux spectateurs et aux coureurs. De très nombreux organisateurs ont eu la chance de l’accueillir dans des accoutrements les plus insensés les uns que les autres. Par contre, il ne faisait pas toujours le bon choix du costume comme courir sous le cagnard en ours polaire ou lors de notre première Frapadingue avoir une peau de bête très épaisse qui absorbe toute l’eau pour peser très lourd.

Là encore, il avait réussi à m’emmener dans son imaginaire et il restera des souvenirs manquant de cette époque comme lors de Liesse-Marle, où nous étions déguisés en hippie, poussant la poussette du petit fils âgé de 5 mois.

En 2002, Jean Paul était présent dans le comité d’organisation de la première édition de la coupe de l’Aisne de la Montagne dont la course d’été d’Acy était l’une des 4 épreuves. Il s’occupait entre autres de repérer et tracer les parcours. Lorsque cette dernière s’est arrêtée, Jean Paul a repris le concept avec mon soutien et est né le Trophées des Grimpeurs et son association « Pour le Plaisir de courir ».

Depuis 2009, il animait le Soissonais durant la période estivale en proposant 4 puis 5 puis…pour arriver avec 13 courses dans l’année. Il savait compter sur l’aide indéfectible de Chantal qui essayait temps bien que mal de le ralentir. Je n’entendrais plus son « cette année je limite à 7 ou 8 ».

Il ne savait pas dire Non lorsqu’un élu lui demandait d’organiser une course dans sa commune. Toujours l’envi de faire plaisir. Il prévoyait les récompenses suivant un protocole bien établi et au final il récompensait beaucoup plus de personnes que prévues.

Il aimait avant tout le contact avec les personnes et chaque nouvelle organisation était aussi un défi.

Lui faire gérer un site Internet, un logiciel Photo puis Facebook ont parfois aussi relevé du défi mais comme en sport, il voulait toujours aller de l’avant et n’aimait pas rester dans une zone de confort. De toutes façons ils avaient ses carnets de notes et le téléphone en cas de besoin. Progresser dans tous les domaines était un véritable leitmotiv. Pour faire parler de la course à pied, il a été jusqu’à endosser le costume de correspond de presse à l’Union pendant plusieurs années.

Si le Trophées des grimpeurs lui prenait énormément de temps, Jean Paul restait avant tout sportif et aventurier.

Sébastien et moi, avons vécu avec lui, durant une semaine sur le GR20 des moments forts. Lorsque la fatigue arrive à son paroxysme, les nerfs à fleurs de peau, tout est décuplé et Jean Paul savait trouver les mots pour continuer. Pas des mots forcement gentil, mais avec sa personnalité un bon coup de gueule et te voilà reparti. Sans lui, mon aventure se serait peut-être arrêtée au col de Bocca di Fuciale. Pour Jean Paul, un seul mot compte dans l’aventure : FINISHER.

Contraint à l’abandon à la descente du glacier à la 6000D à cause de l’orage, Jean Paul y est retourné l’année suivante juste pour avoir le maillot de Finisher.

Je ne compte plus le nombre de raid multisport ou courses à obstacles à notre actif. Chacun à son souvenir particulier mais tous un point commun. Jean Paul avait une sainte horreur de l’eau et cela a été à chaque fois un grand moment pour franchir l’obstacle. J’en ai bu des tasses à l’aider.

Sa dernière aventure aura été le Grand Tour du Mont Blanc en juillet dernier (215 km en 6 jours). Notre JP n’était pas en grande forme mais sa détermination à aller de l’avant et à apprécier chaque instant de ce périple le transcender pour avancer.  Jean Paul était difficile sur la nourriture et préférait ne pas manger que d’avaler des choses qu’il n’aimait pas. Cela nous amusait de l’engueuler comme un gamin capricieux.

 La suite nous a dit pourquoi il ne mangeait pas. Il ne pouvait pas tout simplement.

Voilà c’est Jean Paul.

Gueulard, Froid, rude

« Pas diplomate » …comme il aimait le dire « mais au moins les choses sont dites »

Mais il suffisait de discuter quelques minutes avec lui pour découvrir un homme généreux, franc, intentionné, droit, sans rancune et arrière-pensée et plein d’empathie.

Nous avions avec Jean Paul avait encore de nombreux projets sportifs : Un Raid humanitaire au Kenya, Saint Jacques de Compostelle, le GR20 Nord-Sud (acte II) ou un autre GR…
mais à l’annonce de son cancer, Jean Paul se projetait dans L’ascension du Mont Blanc avec sa fille Méryl. 

Il ne supportait pas de se voir diminuer, affaibli. Sa maigreur et sa fonte musculaire lui faisait peur. Il ne se reconnaissait plus. Il s’est battu jusqu’au bout. C’est en Finisher qu’il est parti.

…..

Il est très fort probable que je fasse l’année prochaine l’ascension du Mont Blanc avec sa fille pour déposer sa photo sur le toit de l’Europe.

Je vous livre quelques photos de moments de vie avec lui (et je me suis aperçu en farfouillant dans les milliers de photos qu’Amandine était souvent présentes avec nous)

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